jeudi 25 octobre 2007

Charles IV le Bel (1322–1328)


Charles IV de France, dit Charles le Bel, né le 18 juin 1294 au château de Creil (Oise), mort le 1er février 1328 à Vincennes, fut comte de la Marche puis, de 1322 à 1328, roi de France, le quinzième et dernier de la dynastie dite des Capétiens directs, et roi de Navarre (sous le nom de Charles Ier).


Troisième fils du roi de France et de Navarre, Philippe IV le Bel, et de la reine Jeanne Ire de Navarre, il reçoit en 1314 le comté de la Marche en apanage.
Il monte sur le trône à la mort de son frère Philippe V le Long et est sacré à Reims le 21 février 1322 par l'archevêque Robert de Courtenay. En tant qu'héritier de Jeanne de Navarre, il ajoute au titre de roi de France celui de roi de Navarre.
Trouvant le trésor royal épuisé par les abus du règne précédent, il punit sévèrement et dépouille les financiers lombards ayant commis toutes sortes d'exactions. Il traite avec la même rigueur les mauvais juges et les seigneurs qui s'étaient accaparé des biens des particuliers. Il fait même arrêter Girard de la Guette, ex-surintendant des finances de Philippe le Long, lequel est accusé d'avoir détourné un million deux cent mille livres.
Charles le Bel a avec le roi d'Angleterre Édouard II de sanglants démêlés au sujet de l'hommage que ce vassal lui doit pour ses possessions continentales à savoir le duché de Guyenne et le Ponthieu. À partir de 1323, quelques seigneurs de Gascogne, soutenus par les Anglais, tentent des incursions sur le domaine de la France. Parce que les gascons ont pour chefs des bâtards de la noblesse, cette guerre est appelée la guerre des Bâtards.


Philippe V le long (1316-1322)


Philippe V de France, dit Philippe le Long, né le 17 novembre 1291, mort le 3 janvier 1322 à Longchamp (Paris), est roi de France de 1316 à 1322, le quatorzième de la dynastie dite des Capétiens directs. Il est aussi roi de Navarre sous le nom de Philippe II.



Il est le second fils de Philippe IV le Bel et de la reine de Navarre Jeanne Ire. Il est aussi le frère de Louis X le Hutin. Il est déclaré régent du royaume à la mort de celui-ci, en attendant la naissance de l'enfant que porte la veuve du roi Clémence de Hongrie. L'enfant étant un fils, il continue d'être le régent jusqu'à la majorité du nouveau roi, Jean Ier dit le Posthume, son neveu. Mais le fils posthume de Louis X meurt cinq jours après sa naissance, et Philippe sera couronné roi après les États généraux de 1317 où il réussit à faire interpréter en sa faveur la coutume qui sera formalisée plus tard sous les aspects de la loi salique.


Sacré et Couronné en la cathédrale Notre-Dame de Reims par l'archevêque Robert de Courtenay (qui était un capétien), le 6 janvier 1317, il réunit ensuite, le 2 février 1317, une assemblée de grands et de nobles, de prélats, de bourgeois de Paris qui déclara qu'il était mieux placé que sa nièce Jeanne car séparé de Saint-Louis par deux générations contre trois pour Jeanne sa nièce, affirmant que "femme ne succède pas au royaume de France". Il renouvela l'alliance avec l'Écosse en 1318.
Après une campagne en Flandre contre Robert III de Flandre, celui-ci lui fit hommage au palais de la Cité le 5 mai 1320. Bon stratège, Philippe le Long arrive à vaincre les oppositions grâce à son esprit de décision, ce qui lui permet de résoudre les problèmes flamands par la diplomatie (paix du 2 juin 1320).
En politique intérieure, il confirme les chartes provinciales et centralise les différentes institutions pour les rendre plus efficaces. Il impose l'utilisation d'une monnaie unique sur le territoire malgré l'opposition des seigneurs du Midi. Il tente de normaliser les poids et mesures. En 1320, il réunit la ville de Tournai à la couronne. Il reçoit le roi d'Angleterre, son beau-frère, Edouard II en la cathédrale d'Amiens pour l'hommage simple pour le duché de Guyenne, le comté de Ponthieu et la ville de Montreuil, le 29 juin 1320. Il réprime les révoltes des Pastoureaux et des Lépreux.
Atteint de dysenterie et de fièvres à partir d'août 1321 et après 5 mois de souffrance, il meurt à Longchamp près de Paris dans la nuit du 2 au 3 janvier 1322. Sans descendant mâle survivant, c'est son frère cadet, Charles IV, qui lui succède.
Il est inhumé dans la basilique Saint-Denis. Sa sépulture, comme celles de tous les autres princes et dignitaires reposant en ce lieu, est profanée par les révolutionnaires en 1793.


Louis X Le Hutin (1314-1316)


Louis X de France, dit Louis le Hutin (c'est-à-dire le Querelleur), né le 4 octobre 1289 à Paris, mort le 5 juin 1316 à Vincennes, fut roi de Navarre de 1305 à 1316 (sous le nom de Louis Ier) et roi de France de 1314 à 1316 (sous le nom de Louis X), douzième de la dynastie dite des Capétiens directs.


Fils du roi de France Philippe IV le Bel et de la reine de Navarre Jeanne Ire.
En 1305, il épousa en premières noces Marguerite de Bourgogne (1290-1315), capétienne comme lui, fille de Robert II (1248-1306), duc de Bourgogne, et d'Agnès de France (1260-1325). Convaincue d'adultère avec la complicité de ses belles-sœurs (scandale de la Tour de Nesle), Marguerite fut condamnée à l'enfermement à Château-Gaillard, et la rumeur voudrait qu'elle y ait été étouffée, ou étranglée, à l'instigation de son royal époux.
De cette union est issue la future Jeanne II (1311-1349), reine de Navarre de 1328 à 1349.
En 1315, Louis X épousa en secondes noces Clémence de Hongrie (1293-1328), elle aussi capétienne, fille de Charles d'Anjou (1271-1295), dit Charles-Martel de Hongrie, roi titulaire de Hongrie, et de Clémence de Habsbourg (v. 1262-apr. 1293).
De cette union est issu un unique enfant, posthume de plusieurs mois, et qui ne vivra que quelques jours :
Jean Ier, dit Jean le Posthume (1316-1316), roi de France et roi de Navarre.
La question d'une éventuelle légitimité de la princesse Jeanne, issue de la première union, à la succession au trône de France se posa à la noblesse française. En effet, l'absence d'héritier mâle direct ne s'était encore jamais produite. C'est ce que l'on a appelé le miracle capétien. La succession à la couronne française était préalablement élective mais s'était faite peu à peu par l'usage. La noblesse française préféra (loi salique) offrir le trône au frère de Louis X, Philippe V le Long, qui était déjà régent depuis la mort de Louis X.
Cet épisode de l'Histoire de France a donné lieu à une interprétation romancée donnée par Maurice Druon dans Les Rois maudits.
Il eut également une fille illégitime prénommée Eudeline, religieuse au couvent du faubourg St Marcel, puis abbesse (1305+1380) qu'il eut de sa maîtresse une lingère nommée Eudeline.

Philippe IV le Bel (1285–1314)


Philippe IV de France, dit Philippe le Bel, (1268-29 novembre 1314), est roi de France de 1285 à 1314, onzième roi de la dynastie des Capétiens directs.


Né en 1268 à Fontainebleau, il est le fils du roi Philippe III de France (Philippe le Hardi) (1245-1285) et de sa première épouse Isabelle d'Aragon (1247-1271).


Il a comme précepteur Guillaume d'Ercuis, ancien jeune aumônier de son père. Surnommé par ses ennemis tout comme par ses admirateurs le " roi de marbre " ou " le Roi de Fer ", il se démarque par sa personnalité rigide et sévère. L'un de ses plus farouches opposants, l'évêque de Pamiers Bernard Saisset, dit d'ailleurs de lui : « Ce n'est ni un homme ni une bête. C'est une statue ». Philippe le Bel fut un roi qui souleva au cours de son règne beaucoup de polémiques, le pape Boniface VIII le traitant par exemple de « faux monnayeur ».


Pour assainir les finances du royaume, acheter le Quercy aux Anglais contre une rente de 3 000 livres, il s'attaque à ceux qui ont de l'argent, y compris les religieux dont l'Église catholique, les Lombards, les juifs et les Templiers.
Pour obtenir le passage de l'armée française afin d'évacuer la Guyenne, Philippe donne sa sœur, Marguerite de France en mariage au roi Édouard Ier d'Angleterre, et promet sa propre fille, Isabelle de France, au fils issu de la précédente union, (le futur roi Édouard II d'Angleterre).


Le règne de Philippe le Bel est marqué par ses différends avec le pape Boniface VIII, dont la décrétale Clericis laicos du 24 février 1296 est le point de départ. Boniface VIII, qui a alors d'autres préoccupations (conflits avec les Aragonais de Sicile et les Colonna) se trouve dans l'embarras, et, en dépit de son caractère hautain, cède bientôt. Les bulles Romana mater (février 1297) et Etsi de statu (juillet 1297) donnent au roi gain de cause. Ce dernier document contient une renonciation formelle aux prétentions émises pour la défense des biens ecclésiastiques contre l'arbitraire des rois dans la décrétale Clericis laicos.
Cependant, en 1300, par la bulle Unam Sanctam, Boniface VIII déclare la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, et par ce biais la supériorité du pape sur les rois, ces derniers étant responsables devant le chef de l'Église. En fait, il tente d'instaurer une théocratie occidentale.
Philippe le Bel réunit un concile des évêques de France pour condamner le pape et réunit également des assemblées de nobles et de bourgeois à Paris (précurseurs des Etats Généraux qui apparaissent pour la première fois sous son règne). Le roi cherche l'appui de tous ses sujets, afin de légitimer la lutte qu'il mène contre le pape. Ce dernier menace de l'excommunier et de jeter l'interdit sur le royaume de France.
Les légistes falsifient la bulle pour la rendre injurieuse au pouvoir civil et à la France. Fort du soutien de la population et des ecclésiastiques, le roi envoie alors son conseiller (et futur Garde des Sceaux) le chevalier Guillaume de Nogaret avec une petite escorte armée vers l'Italie, dans le but d'arrêter le pape et de le faire juger par un concile. Nogaret est bientôt rejoint par un ennemi personnel de Boniface VIII, Sciarra Colonna, membre de la noblesse romaine, qui lui indique que le pape s'est réfugié à Anagni en Italie.
Nogaret et Colonna arrivent à Anagni et trouvent le pape seul dans la grande salle du palais épiscopal, abandonné par ses partisans. Le vieil homme de 68 ans est assis sur un haut siège, en habit de cérémonie, et ne réagit pas à l'irruption de la troupe armée. En voyant Guillaume de Nogaret et Sciarra Colonna approcher, il incline légèrement la tête et déclare :" Voici ma tête, voici ma tiare : je mourrai, certes, mais je mourrai Pape ". Guillaume de Nogaret recule, impressionné, tandis que Sciarra Colonna, dans sa haine de Boniface VIII, s'avance insolemment et lui donne une gifle avec son gantelet de fer.
Sous la violence du coup, le vieillard est jeté à bas de son trône et tombe à terre. Peu de temps après, la population de la ville, honteuse d'avoir abandonné le pape, se rue dans le palais et chasse les Français. Mais il est trop tard : la violence dont il a été victime a définitivement ébranlé la raison de Boniface VIII. Il meurt un mois plus tard, sans reconnaître ses proches et en refusant l'extrême-onction.[réf. nécessaire]
[ Remarquez toutefois, que ceci n'est que légende, puisque réellement, le pape Boniface VIII meurt de maladie quelques temps plus tard, après avoir été emprisonné durant quatre jours, puis délivré à des ennemis qui le maltraiteront. Ainsi, son âge avancé ne lui permettra pas de résister et il mourra à Rome, tranquillement. ][réf. nécessaire]
Cet énorme scandale éclabousse Philippe le Bel, bien qu'il n'en soit pas directement responsable, mais ceux qui ne le savaient pas encore, comprennent qu'il vaut mieux ne pas s'opposer au roi de France. Celui-ci trouve d'ailleurs en la personne du nouveau pape Clément V, successeur de Boniface, une personnalité beaucoup plus malléable qu'il tient sous son pouvoir. Clément V d'origine française, est installé par Philippe le Bel à Avignon dans le sud de la France et sera d'une aide précieuse pour anéantir l'Ordre du Temple.

En avril 1314, année même de la mort de Philippe le Bel, un grand scandale éclate : Marguerite de Bourgogne, épouse de Louis X de France déjà roi de Navarre (par sa mère, Jeanne Ire de Navarre) et Blanche de Bourgogne, femme de Charles (futur Charles IV le Bel), sont dénoncées par Isabelle de France (fille de Philippe le Bel et reine d'Angleterre) dans l'affaire de la tour de Nesle. Elles auraient trompé leurs maris sans honte avec deux frères : Philippe et Gauthier d'Aunay, tous deux chevaliers de l'hôtel royal.
Les deux amants sont jugés et condamnés pour crime de lèse majesté, ils sont exécutés sur le champ en place publique à Pontoise : dépecés vivants, leur sexe tranché et jeté aux chiens, ils sont finalement décapités, leurs corps traînés puis pendus par les aisselles au gibet. Une telle cruauté s'explique par l'affront fait à la famille royale, mais aussi pour atteinte aux institutions du royaume : cet acte met en péril la dynastie capétienne et le royaume de France. « Quelles auraient été la légitimité et l'autorité d'un futur souverain dont on aurait pu mettre en doute la royale paternité ? »
Les implications politiques sont si graves que le châtiment se doit d'être exemplaire. Marguerite de Bourgogne est condamnée à être tondue et est conduite dans un chariot couvert de draps noirs à Château-Gaillard. Occupant une cellule ouverte à tous vents au sommet du donjon, elle y meurt en 1315 (certains disent qu'elle fut étranglée, ses conditions d'incarcération ne mettent pas en doute une mort d'usure).
Blanche de Bourgogne est aussi tondue mais bénéficie d'un « traitement de faveur » : elle est emprisonnée sous terre pendant sept ans, puis obtient l'autorisation de prendre l'habit de religieuse. Femme du cadet, et non pas du futur roi de France (du moins c'est ce que l'on croit, puisque son époux deviendra le roi Charles IV le Bel en 1322), Blanche a donc un traitement moins cruel que sa cousine. Elle devient reine de France en prison le 21 février jusqu'à ce que son mariage soit annulé le 19 mai par le pape Jean XXII.
Quant à la troisième, comtesse Jeanne de Bourgogne et d'Artois, femme du futur Philippe V de France, elle est enfermée à Dourdan pour avoir gardé ce secret. Soutenue par sa mère Mahaut d'Artois, elle se réconcilie avec son mari le roi Philippe le Long et devient reine de France en 1317.



Philippe III le Hardi (1270–1285)


Philippe III de France, dit Philippe le Hardi, né le 30 avril 1245 à Poissy, mort le 5 octobre 1285 à Perpignan, fut roi de France de 1270 à 1285, le dixième de la dynastie dite des Capétiens directs.
Il était le fils de Louis IX (1214-1270), dit Saint Louis, roi de France, et de Marguerite de Provence (1221-1295).


Cadet de famille, le prince Philippe n'était pas destiné à régner sur un royaume. C'est à la mort de son frère ainé Louis en 1260 qu'il devient le prince héritier. Il a alors quinze ans et présente beaucoup moins d'aptitudes que son frère, étant de caractère doux, soumis, timide et versatile, presque écrasé par les fortes personnalités de ses parents.
Sa mère Marguerite lui fait promettre de rester sous sa tutelle jusqu'à l'âge de trente ans, mais son père le roi Saint Louis fait casser le serment par le pape, préférant bonifier son fils par une éducation sans faille. À cet effet, il lui adjoint à partir de 1268 pour mentor Pierre de La Broce. Saint Louis se charge en outre de lui prodiguer ses propres conseils, rédigeant en particulier ses Enseignements, qui inculquent avant tout la notion de justice comme premier devoir de roi. Il reçut également une éducation très tournée vers la foi. Guillaume d'Ercuis était en outre son aumônier, avant d'être le précepteur de son fils, le futur roi Philippe IV.


L'avénement de Philippe III s'accompagne rapidement d'un bouleversement dans le paysage politique : la mort du roi d'Angleterre Henri III et la fin d'une vacance du trône impérial longue de 19 ans. En outre la préoccupation de l'Europe n'est plus aux croisades. Ainsi, alors que celles-ci avaient été des composantes majeures du règne de son père, le sien sera surtout marqué par des conflits territoriaux, des contestations d'héritages et des guerres de vassalité, phénomène qui va encore s'accentuer pendant le règne de son fils.
Philippe III a pour grand chambellan Pierre de La Broce (jusqu'à sa pendaison en 1278, voir ce nom) et conserve la plupart des conseillers de son père, ainsi que Eustache de Beaumarchais, sénéchal de Poitou, de Toulouse et d'Auvergne.

Par des héritages, annexions, achats, unions, et guerres, Philippe III sans cesse s'attacha à agrandir le domaine royal et y affermir son autorité.
Il opèra en 1271-1272 sa première transaction territoriale en incorporant au domaine royal l'héritage de son oncle Alphonse de Poitiers : le comté de Toulouse, le Poitou et une partie de l'Auvergne[1]. Il fut cependant contraint de céder l'Agenais, la Saintonge et le Ponthieu au roi d'Angleterre Edouard Ier, par le traité d'Amiens de 1279. Il hérita également du comté de Perche et du comté d'Alençon de son frère Pierre décédé en 1283.
Il eut l'occasion de faire ses premiers faits d'armes personnels en 1272, quand il convoqua l’ost royal contre les comtes de Foix et d'Armagnac qui lui contestaient son pouvoir. Armagnac se rend et Foix est battu et emprisonné. Il lui restitue cependant ses terres en 1277. Il achèta également les comtés de Nemours et de Chartres en 1274 et 1284. Il acquit aussi diverses villes, telles Harfleur ou Montmorillon. Il retira également au roi de Majorque l'autorité sur Montpellier. En revanche, il céda au pape Grégoire X le comtat Venaissin en 1274.
Enfin, il mena une politique matrimoniale efficace, étant l'instigateur du mariage de sa cousine Mahaut d'Artois avec le comte Othon IV de Bourgogne, ce qui préparait le rapprochement de cette région, terre impériale (l'actuelle Franche-Comté), avec le royaume. Il intervint aussi en Navarre après la mort d'Henri Ier de Navarre qui laissait une fille Jeanne sous la tutelle de sa mère Blanche d'Artois et de Ferdinand de la Cerda. Blanche d'Artois fiance Jeanne au fils de Philippe, le futur Philippe le Bel. La Champagne et la Navarre sont administrées par les Français de par le traité d'Orléans de 1275, et la Champagne est définitivement rattachée au domaine en 1314. Le mariage aura finalement lieu en 1284.
Du point de vue des institutions, Philippe III introduit plusieurs nouveautés. Il fixe la majorité des rois de France à 14 ans. Il affermit la justice royale au détriment des justices seigneuriales, instituant un tribunal royal dans chaque bailliage ou sénéchaussée. Il frappe d’amendes les nobles ne répondant pas à la convocation à l'ost royal. Il crée un impôt sur les transmissions de fiefs. Enfin, il institutionnalise la ségrégation envers les juifs.


En Castille, après la mort de son beau-frère Ferdinand de la Cerda en 1275, Philippe III prit sans succès le parti des enfants de celui-ci contre Don Sanche, désigné successeur par le roi Alphonse X.
En Italie, il soutint le pape Martin IV contre les gibelins, faisant une expédition punitive en Romagne. Il soutint également la politique sicilienne de son oncle Charles d'Anjou, après les massacres des Vêpres Siciliennes en 1282. le pape excommunia Pierre III d'Aragon considéré comme l'instigateur du massacre et donna son royaume à Charles de Valois, qu'il ne pourra conserver.
En 1285, après l'affaire de Sicile, Philippe III, sans son oncle Charles d'Anjou mort en début d'année, engagea la croisade d'Aragonet attaqua sans succès la Catalogne (siège de Gérone du 26 juin au 7 septembre 1285). Son armée touchée par une épidémie de dysenterie, il fut défait en septembre à Las Formiguas, et fut obligé de faire retraite. Celle-ci fut désastreuse, et lui-même mourut à Perpignan. Pierre d'Aragon mourut un mois plus tard, Gérone se livra à son successeur et le nouveau roi de France, Philippe IV le Bel décida le retour en France.



Louis IX, Saint Louis (1226-1270)


Louis IX de France, plus connu sous le nom de saint Louis, est né le 25 avril 1214 à Poissy, et mort le 25 août 1270 à Tunis. Il fut roi de France de 1226 à 1270, neuvième de la dynastie des Capétiens directs.
Il développa notamment la justice royale où le Roi apparaît alors comme "le justicier suprême".
Il est le fils de Louis VIII (1187-1226), dit Louis le Lion, roi de France, et de Blanche de Castille (1188-1252). Il est aussi le frère aîné de Charles Ier de Sicile (1227-1285), comte d'Anjou, qui fonda la seconde dynastie angevine.


Par tradition, les rois capétiens, depuis Philippe Ier, nommaient leur premier-né du prénom de leur grand-père. Louis IX doit de régner au décès des 4 premiers nés de Blanche de Castille, dont son frère Philippe né en 1209 et mort en 1218. C'est ce qui explique qu'arrivé en 5e position, Louix IX ne soit pas majeur au décès du roi Louis VIII.
Dans son testament, Louis VIII confie la régence à Blanche de Castille. Le pouvoir passe "entre les mains d'un enfant, d'une femme et d'un vieillard", Barthélémy de Roy, chambrier à la cour depuis 20 ans (Chronique de Tours).
Le royaume entre en état d'agitation, la révolte est organisée par Philippe Hurepel, oncle de Louis IX, fils légitimé de Philippe Auguste, par la maison de Dreux et par le duc de Bretagne Pierre Mauclerc. Matant la rébellion et les barons agités, la régente Blanche de Castille, achève la conquête du Languedoc initiée par Louis VIII en contraignant le comte de Toulouse Raymond VII à donner sa fille Jeanne en mariage à Alphonse, frère de Louis IX.
Louis IX n'a que 12 ans quand il est sacré roi le 29 novembre 1226 à Reims par l'évêque de Soissons, Jacques de Bazoches. La régence est assurée par sa mère, Blanche de Castille, avec le titre de «baillistre». Elle garda assez longtemps une grande influence sur le pouvoir, au-delà de la majorité du roi, réputé majeur le 25 avril 1234. En 1234, elle organise le mariage de Louis IX avec Marguerite, la fille du comte de Provence Raymond-Béranger V espérant ainsi agréger le comté de Provence au royaume de France, puisque le comte de Provence a quatre filles.
Louis IX prend effectivement le pouvoir à partir de 1241. Il investit son frère Alphonse du comté de Poitiers afin de contraindre la noblesse poitevine à rendre hommage. La rébellion de Hugues X de Lusignan lui permet d'asseoir son autorité en une campagne courte (28 avril 1242 au 7 avril 1243) et dans le même temps de pousser son avantage jusqu'au Quercy pour y déloger le roi d'Angleterre Henri III qui a décidé de rompre la trêve de 1238.
Réputé pour sa piété excessive, Louis IX se taille, grâce aux croisades, une réputation de roi diplomate et juriste dans toute l'Europe. Les royaumes font appel à sa sagesse dans les affaires complexes. Ainsi, il arbitre la succession du comté de Hainaut par le "Dit de Péronne" du 24 septembre 1256. Le traité de Paris du 28 mai 1258 restitue au royaume de France le Limousin, le Périgord, le Quercy, l'Agenais et une partie de la Saintonge, tandis que pour sa part, Henri III d'Angleterre renonce à la Normandie, au Maine, à l'Anjou et au Poitou, en même temps qu'il accepte de rendre l'hommage pour la Guyenne. Plus tard, lorsque le roi Henri III d'Angleterre connaît des difficultés avec ses barons révoltés, il fait appel à l'arbitrage de Louis IX qui rend en sa faveur le "Dit d'Amiens" du 24 janvier 1264. Par le traité de Corbeil du 11 mai 1258, Louis IX abandonne sa suzeraineté sur la Catalogne, la Cerdagne et le Roussillon, en échange Jacques 1er d'Aragon renonça à ses droits sur la Provence et le Languedoc. Pour sceller ce traité, Louis maria sa fille Blanche avec l'infant de Castille Ferdinand de la Cerda et Jacques 1er d'Aragon maria sa fille Isabelle avec le fils de Louis IX, le futur Philippe III.
Louis IX ne ménagea pas sa peine dans les affaires intérieures, le temps qu'il ne passa pas en dehors du royaume. Il dépêcha des enquêteurs royaux pour l'instruire de l'état du pays en 1247, à charge pour eux de réprimer directement dans les domaines de la justice, de l'administration, de la fiscalité et de l'armée.
Il instaura également la "Quarantaine-le-Roi", qui préfigure les négociations diplomatiques avant les hostilités. L'ordonnance de 1260 permettait l'ouverture de négociations avant toute guerre privée, ordalie, duel judiciaire, jugement de Dieu et s'y substitua finalement, amenant une forme de justice plus moderne. Ainsi, les justiciables pouvaient dorénavant en appeler au roi dont les décisions judiciaires surpassaient celles de ses vassaux. Le roi Louis IX a de la sorte cassé de nombreuses sentences.


Très croyant, saint Louis veut faire de la France, la « fille aînée de l'Église » et de Paris un haut lieu de la chrétienté. Le 26 avril 1248, Louis IX y inaugure la Sainte-Chapelle dans l'île de la Cité.
Le 4 décembre 1259 à Paris, il signe un traité de paix avec l'Angleterre mettant ainsi fin à la première «guerre de Cent Ans» entre les deux pays.
Pour conduire ses sujets au salut, saint Louis interdit les jeux, la prostitution et punit cruellement le blasphème. Il prend des mesures discriminatoires contre les Juifs :
en 1242, à la demande même de juifs convertis au christianisme, selon lesquels le Talmud contient un certain nombre d'invectives contre Jésus-Christ et contre la Sainte Vierge, une controverse sur le sujet se tient à Paris, sous la présidence de Blanche de Castille. Eudes de Châteauroux, proviseur de la Sorbonne, et l'abbé Nicolas Donin (ancien rabbin) établissent que le reproche est fondé. Saint Louis fait alors brûler des exemplaires du Talmud à Paris. [1]
en 1254, il bannit de France les juifs qui refusent de se convertir au catholicisme. Ce décret fut annulé quelques années plus tard en échange d'un versement d'argent au trésor royal.
en 1269, en application d'une recommandation du IVe concile du Latran de 1215, il impose aux Juifs de porter des signes vestimentaires distinctifs. Pour les hommes, un rond d'étoffe jaune, la rouelle, sur la poitrine et un bonnet spécial pour les femmes. Ces signes permettent de les différencier du reste de la population et d'empêcher ainsi les mariages mixtes.
Cependant, Saint Louis garde, en son for intérieur, l'espoir de les convertir.


Le XIIIe siècle reste dans l'histoire comme "le siècle d'or de saint Louis". La France, centre des arts et de la vie intellectuelle grâce, entre autres, à La Sorbonne, y atteint son apogée aussi bien économiquement que politiquement. Louis IX commande la plus grande armée et dirige le plus grand royaume d'Europe. Sa réputation de sainteté et de justice est déjà bien établie de son vivant et on le choisit régulièrement comme arbitre pour régler les querelles entre grands d'Europe. Le roi est considéré comme le primus inter pares (le premier parmi ses pairs).
L'Ordonnance de 1263 assure une bonne monnaie. Il installe au Temple une commission financière chargée du contrôle des comptes royaux, renforçant la structure mise en place en 1190 par son grand-père Philippe Auguste, dessinant la future Cour des Comptes.
Le Prévost de Paris, Etienne Boileau organise et codifie en 1268 les métiers de la capitale (rédaction du Livre des Métiers).
Sous le règne de Louis IX sont construites les cathédrales d'Amiens, de Rouen, de Beauvais, d'Auxerre ainsi que la Sainte-Chapelle de Paris et celle de Saint-Germain-en-Laye.




Louis VIII Le Lion (1223-1226)


Louis VIII de France dit le Lion, né le 5 septembre 1187 à Paris, mort le 8 novembre 1226 à Montpensier (Auvergne), fut roi de France de 1223 à 1226, huitième de la dynastie dite des Capétiens directs.


Il était le fils de Philippe II (1165-1223), dit Philippe Auguste et d'Isabelle de Hainaut (1170-1190). Le court règne de Louis VIII fut cependant marqué par deux brillantes campagnes : l’une contre les Anglais en Guyenne, l’autre contre Raymond VI de Toulouse.


Surnommé « Cœur de Lion » ou « le Lion », pour ne pas concurrencer Richard, c'est pendant le règne de son père que Louis obtint sa renommée : il remporta sur Jean sans Terre la victoire de La Roche-aux Moines en 1214. Les barons anglais révoltés contre Jean sans Terre promirent alors à Louis VIII de lui donner la couronne d'Angleterre. Ce dernier, en 1216, débarqua alors sur les côtes anglaises. Le 21 mai il fut couronné roi d'Angleterre à Londres. Mais Jean sans Terre mourut entre temps. Et les barons anglais, plutôt que d'avoir à faire à un prince énergique comme Louis qui risquait de les entraver, décidèrent de se prononcer en faveur du fils de Jean sans Terre: Henri III. Louis VIII, battu à Lincoln en mai 1217, dut renoncer à ses prétentions lors du traité de Lambeth signé le 11 septembre 1217 (il obtint en contrepartie une forte somme d'argent).
Par la suite, Louis VIII prétexta que la cour d’Angleterre n’avait toujours pas exécuté toutes les conditions du traité de 1217. Alors, le roi de France, profitant de la minorité de Henri III, décida de s’emparer des dernières possessions anglaises en France. L’Aquitaine fut reprise, les villes de cette région tombant les unes après les autres (le Poitou, la Saintonge, le Périgord, l'Angoumois et une partie du Bordelais.). Louis VIII s’empara de tout ce territoire, jusqu’à la Garonne, au cours d’une campagne rapide. Henri III ne possédait plus en France que Bordeaux et la Gascogne, qui ne furent pas attaquées.


A cette époque, le sud de la France était agité, suite aux opérations menées contre les hérétiques cathares.
En 1218, Amaury VI de Montfort, fils de Simon IV de Montfort, avait hérité du comté du Languedoc. Cependant, ce dernier préféra quitter le midi, acceptant de céder ses droits sur le Languedoc au roi de France (en échange de la dignité de connétable, première après la couronne).
Raymond VII, comte de Toulouse, était toujours soupçonné par l'Église d'abriter des Cathares sur ses terres. Un concile fut donc tenu à Bourges, en 1225, où il fut déclaré que détruire l’hérésie était une nécessité et qu'une nouvelle croisade contre les Cathares était indispensable (Louis VIII fut donc choisi pour diriger l'expédition).
Au fêtes de paques de l’an 1226, des milliers de chevaliers (les chroniqueurs de l’époque donnent le chiffre de 50 000 qui semble exagéré) se trouvèrent à Bourges aux côtés du roi. Cette armée se dirigea vers la vallée du Rhône, et à son approche, les seigneurs et les villes se hâtèrent de faire leur soumission au roi de France. La ville d'Avignon, qui appartenait à Raymond VII, refusa cependant d’ouvrir ses portes. L’on mit alors le siège devant la place forte qui était considérée alors comme la clef du Languedoc. Au bout de trois mois, la ville fut prise, et aussitôt Nîmes, Castres, Carcassonne, Albi se rendirent à Louis VIII.
Raymond VII, quant à lui, s’était enfermé dans Toulouse. Les croisés, frappés par les maladies hivernales, décidèrent d'ajourner le siège de la ville. Louis VIII, quant à lui, succomba à la dysenterie, en novembre 1226 (Toulouse ne tomba qu'en 1228).


Philippe II Auguste (1180 -1223)


Philippe II dit Philippe Auguste, né le 21 août 1165 à Gonesse, mort à Mantes le 14 juillet 1223, est le septième roi de la dynastie dite des Capétiens directs. Il est le fils héritier de Louis VII dit le Jeune et d'Adèle de Champagne.


Le surnom d'Auguste qu'on lui donna de son vivant, est une référence directe au titre antique, quoique d'autres interprétations aient été fournies sous son règne : il peut rappeler le mois de sa naissance, ou encore le verbe latin augere qui signifie « augmenter », « faire croître ». Ce surnom aurait en effet pu lui être donné quand il ajouta au domaine royal en juillet 1185 (Traité de Boves) les seigneuries d’Artois, du Valois, d’Amiens et d'une bonne partie du Vermandois[1].
Philippe Auguste reste l'un des monarques les plus admirés et étudiés de la France médiévale, en raison non seulement de la longueur de son règne, mais aussi de ses importantes victoires militaires et des progrès essentiels accomplis pour affermir le pouvoir royal et mettre fin à l'époque féodale.


La naissance de Philippe Auguste, en 1165, est accueillie comme un miracle par la famille royale. En effet, Louis VII attend depuis près de trente ans un héritier et c'est sa troisième épouse, Adèle de Champagne, qui lui donne tardivement ce fils tant espéré. Une attente qui vaut au futur Philippe II le surnom de Dieudonné.
Philippe est associé au trône dès l'âge de quatorze ans, en 1179. La cérémonie du sacre est d'ailleurs retardée : victime d'un accident de chasse[2], la vie du jeune prince est en danger. L'état de santé du prince est suffisamment grave pour que Louis VII se déplace en Angleterre, malgré sa santé déclinante, et aille se recueillir sur la tombe de Thomas Becket, l'archevêque de Cantorbéry mort en 1170.
Philippe Auguste est finalement sacré à Reims, par son oncle, l'archevêque Guillaume aux Blanches Mains, le 1er novembre 1179. La mort de son père survient le 18 septembre 1180 et laisse Philippe seul roi, à quinze ans.
Confronté à l'affaiblissement du pouvoir royal, Philippe Auguste s'avère rapidement à la hauteur du défi. Son mariage, célébré à Bapaume le 28 avril 1180 avec Isabelle de Hainaut, lui apporte l'Artois en dot. Puis en juin 1180, trois mois avant la mort de son père, il signe le traité de Gisors avec Henri II d'Angleterre. Ces deux événements renforcent la position du jeune roi face aux maisons de Flandre et de Champagne.
À l'intérieur du domaine, l'une des premières décisions de Philippe Auguste est l'expulsion des Juifs et la confiscation de leurs biens en avril 1182, une décision qui tranche avec la protection que son père avait accordée à la communauté juive. La motivation officielle désigne les juifs comme responsable de calamités diverses, mais l'objectif réel est surtout de renflouer les caisses royales, bien mal en point en ce début de règne. Ces mesures sont populaires, et ne durent pas : l'interdiction du territoire (d'ailleurs difficile à faire respecter) cesse en 1198, et l'attitude conciliatrice qu'avait adoptée Louis VII redevient bientôt la norme.

Un nœud de rivalités
Dès 1181, le conflit avec les barons est réanimé, mené par le comte de Flandre, Philippe d'Alsace. Philippe Auguste parvient à contrer les ambitions de ce dernier en brisant ses alliances avec le duc du Brabant et l'archevêque de Cologne, Philippe de Heinsberg. En juillet 1185, le traité de Boves confirme au roi la possession du Vermandois, de l'Artois et de l'Amiénois.
Les Plantagenêts sont l'autre préoccupation majeure de Philippe Auguste. Les possessions d'Henri II d'Angleterre, également comte d'Anjou, comprennent la Normandie, le Vexin et la Bretagne. Après deux ans de combat (1186-1188), la situation reste indécise. Philippe tente de profiter des rivalités entre les fils du roi d'Angleterre, Richard avec lequel il se lie d'amitié, et son cadet Jean Sans Terre. Une paix de statu quo est finalement négociée, alors que le pape Grégoire VIII appelle à la croisade, après la prise de Jérusalem par Saladin en 1187. La mort d'Henri II en juillet 1189 clôt cet épisode. L'urgence est au départ en Terre sainte.


Le contraste est saisissant entre l'avènement de Philippe, sous une quasi-tutelle des barons, avec un domaine qui fait de lui le roi de l'Île-de-France plus que de la France, et la fin de son règne, avec un domaine agrandi, auxquels il faut ajouter de nombreux territoires soumis par hommage de leurs possesseurs. Le rival anglais est repoussé dans une Guyenne parcellaire, loin, très loin de Paris.
Ces gains territoriaux font de Philippe Auguste un roi rassembleur, dont l'œuvre est continuée par Louis VIII. Il faut attendre la guerre de Cent Ans pour assister à un recul important des possessions royales françaises. Stabiliser ces conquêtes passe cependant par autre chose encore que de simples victoires militaires ou diplomatiques.
Et là se situe bien le grand succès de Philippe : en même temps qu'il agrandit le territoire, il parvient à raffermir le pouvoir royal dans ces nouvelles terres, condition indispensable de la pérennité de ces nouvelles possessions. Cet objectif est atteint, d'abord, par une nouvelle politique de fortifications et de châteaux : Philippe fait dresser leur inventaire et lance à ses frais des constructions dans le domaine et les fiefs. Les anciennes buttes à palissade disparaissent, remplacées par des donjons en pierre que Philippe veut polygonaux ou cylindriques, pour une meilleure résistance aux engins de siège, et pour éviter les angles morts à la défense. De nombreuses tours sont ainsi construites. Vers la fin du règne, le plan évolue vers un donjon quadrangulaire avec des tours rondes à chaque coin, dont le Louvre est le meilleur exemple.

Louis VII Le Jeune (1137-1180)


Louis VII de France, dit Louis le Jeune, né en 1120, mort en 1180 à Melun, roi des Francs de 1137 à 1180, sixième de la dynastie des Capétiens directs.
Il est le fils de Louis VI, dit Louis le Gros, roi des Francs, et d’Adèle de Savoie (v. 1100-1154), de par sa mère il est aussi un carolingien et un bosonide. Il épousa successivement Aliénor d'Aquitaine, Constance de Castille, et Adèle de Champagne. Son fils Philippe Auguste lui succède.


Il est sacré roi et couronné, à Reims, dès le 25 octobre 1131, par le pape Innocent II, après la mort accidentelle de son aîné Philippe (1116-1131) mort des suites d’une chute de cheval le 13 octobre 1131, à ne pas confondre avec son frère du même nom. Après la mort de son père Louis le Gros survenue suite à un excès de bonne chère, il est à nouveau couronné à Bourges, le 25 décembre 1137.
Avant de mourir, son père avait organisé son mariage avec Aliénor d'Aquitaine (1122-1204), fille de Guillaume X de Poitiers, duc d’Aquitaine et d’Aénor de Châtellerault. Le mariage eut lieu à Bordeaux, le 25 juillet 1137. Ce mariage fabuleux permet au domaine royal de presque tripler, car la jeune mariée apporte dans sa dot la Guyenne, la Gascogne, le Poitou, le Limousin, l’Angoumois, la Saintonge et le Périgord, c’est-à-dire une partie du Midi et de l’Ouest de la France, l’équivalent de 19 départements actuels. Le caractère du roi, dévot, ascétique (il aurait voulu être moine), naïf et maladroit, mou dans ses décisions, s’accorde mal avec le caractère fort et sensuel d’Aliénor, cependant les dix premières années semblent se passer sans réelle mésentente.
Louis VII écarte sa mère de la Cour, mais garde les conseillers de son père, dont l’abbé de Saint-Denis, Suger. Il poursuit la politique de son père et continue de mettre en valeur le domaine royal. Cette même année débutent les travaux de construction de la basilique Saint-Denis. Il fait de multiples concessions aux communautés rurales, encourage les défrichements et favorise l’émancipation des serfs. Il prend appui sur les villes en accordant des chartes de bourgeoisie (Étampes, Bourges) et en les encourageant hors de son domaine (Reims, Sens, Compiègne, Auxerre). Il soutient enfin l’élection d’évêques dévoués au pouvoir royal.
Dès mai 1141, Louis VII s’oppose au comte Thibaud II de Champagne et au pape Innocent II au sujet de l’investiture pour l’évêché de Langres, pour lequel il voulait imposer un moine de Cluny et le candidat de Bernard de Clairvaux. Il s’oppose à nouveau au pape en tentant d’imposer son candidat au siège de Bourges en 1141 contre Pierre de la Châtre, soutenu par le pape Innocent II. Le pape finit par excommunier Louis VII, et Pierre de La Châtre trouve refuge en Champagne. En décembre 1142, le roi envahit le comté et lors de son avancée incendie en janvier 1143 Vitry-en-Perthois et son église dans laquelle s’étaient réfugiés les habitants du village, qui y trouvèrent une mort affreuse.
Pour régler définitivement cette histoire, il signe le traité de Vitry avec le comte Thibaud II à l’automne 1143, acceptant l’élection de Pierre de La Châtre pour faire lever l’interdit qui pèse sur le royaume, et le 22 avril 1144 participe à la conférence de Saint-Denis pour régler définitivement le conflit entre le Saint-Siège et lui.


Pour sceller le règlement du conflit, il accepte de prendre part à la Croisade prêchée par saint Bernard, et aux environs de Noël 1145, Louis VII annonce sa décision de partir en Croisade pour porter secours aux États chrétiens de Palestine, menacés par les Turcs qui viennent d’envahir le comté d'Édesse en 1144 et perpètrent le massacre de nombreux chrétiens. Vers Pâques 1146, le roi prend la croix en même temps que de nombreux barons lors de l’assemblée de Vézelay.


Le 11 juin 1147, le roi Louis VII et Aliénor partent pour la deuxième croisade, à la tête de 300 chevaliers et d’une nombreuse armée, suivie peu à peu par des dizaines de milliers de pèlerins. Se mettant en marche à partir de Metz, ils passent par la vallée du Danube, où ils sont rejoints par l’armée de l’empereur Conrad III et prévoient de passer en Asie Mineure par Constantinople, où ils arrivent le 4 octobre 1147.
L’expédition est marquée par la discorde entre les clans français et allemand, l’inexpérience de Louis VII qui se montre velléitaire, et la perfidie des Byzantins qui nuisent plus aux chrétiens qu’ils ne les aident. Trompé par ceux-ci, Louis VII est battu par les Turcs en Asie Mineure et connaît plusieurs revers en Syrie. Il rejoint à grand peine Antioche en mars 1148, alors aux mains de Raymond de Poitiers, oncle d’Aliénor, qui reçoit les Croisés avec beaucoup d’égards.
Raymond espérait que Louis VII allait l’aider à combattre l’ennemi qui l’avait dépouillé de certains de ses territoires, mais le roi ne pensait qu’à aller à Jérusalem. Aliénor tenta en vain de convaincre son mari d’aider son oncle Raymond de Poitiers. Le roi préféra prendre conseil du Templier eunuque Thierry de Galeran. Après coup, les chroniqueurs de l’époque se sont déchaînés et l’ont accusée d’adultère: Guillaume de Tyr l’accusa même d’un inceste avec son propre oncle.
Louis VII forçant Aliénor à le suivre, quitte Antioche et gagne Jérusalem où il accomplit le pèlerinage qu’il s’était imposé. En juin 1148, il tente de prendre Damas, devant laquelle son armée est repoussée. Le couple royal séjourne encore une année en Terre sainte avant de revenir séparément vers la France, par mer. Le roi est même fait prisonnier par les Byzantins avant d’être délivré par le Normand Roger de Sicile.
Au final la participation de Louis VII à cette deuxième croisade est lourdement préjudiciable à l’avenir du royaume, car l’expédition se solda par un très lourd échec sur tous les plans :
Financier, car cette expédition appauvrit considérablement le trésor royal ;
Politique, car le roi ne s’est pas occupé directement du royaume pendant ses deux années d’absence, et par conséquence, a relâché sa puissance sur les grands féodaux ;
Militaire, car la croisade est une succession d’échecs militaires et une partie de sa chevalerie et une grande armée ont été sacrifiées ;
Dynastique et patrimonial, car cette croisade va provoquer la rupture du roi avec Aliénor ;
Territorial, car lors de la séparation, Aliénor va récupérer les fiefs qu’elle avait apportés dans sa dot ;
Stratégique, car Aliénor en épousant le futur roi d’Angleterre va apporter d’immenses territoires à la couronne d’Angleterre, permettant ainsi la présence sur le continent d’un redoutable concurrent au roi de France. Par ce mariage, le roi Henri II d'Angleterre règne sur un territoire qui s’étend de l’Écosse aux Pyrénées, comprenant l’Angleterre, l’Anjou, le Maine, la Normandie, l’Aquitaine et la Bretagne.


Bien qu’éduqué pour être clerc ou moine plutôt que roi, Louis VII a joué un rôle important dans l’histoire de France :
Il consolide le pouvoir royal dans les provinces qui étaient sous son influence et combattit le pouvoir féodal ;
Il s’entoure de conseillers de grande qualité et publie des ordonnances importantes pour la gestion du royaume ;
Le royaume de France s’enrichit sous son règne, l’agriculture se transforme et gagne en productivité, la population augmente, le commerce et l’industrie se développent, une véritable renaissance intellectuelle apparaît, et le territoire se couve de châteaux forts construits en pierre.
Cependant, la deuxième croisade fut calamiteuse, et la séparation d’avec Aliénor d’Aquitaine est une erreur lourde, qui fournit à un vassal mineur le moyen de s’imposer, en plaçant le roi de France en infériorité territoriale pendant près d’un demi-siècle. Il fallut l’action de trois grands rois, Philippe Auguste, Louis VIII le Lion et Louis IX, pour redresser la situation et arriver à réduire les conséquences de cette lourde décision.
La monarchie, jusque-là itinérante, s’est fixée à Paris car la présence du roi dans tout son domaine n’est plus nécessaire. Un embryon d’administration centrale et locale s’est formé. Autour de lui, des familiers lui ont donné des conseils politiques, et vont former le Conseil du roi, les services centraux de la monarchie regroupent les chefs des services domestiques du palais. En province, des prévôts ont été chargés par le roi de collecter les revenus, de lever des contingents militaires et de rendre la justice. Comme son père, le roi a soutenir le mouvement d’émancipation des communes, va accorder des privilèges aux communautés rurales et émanciper des serfs.